Mestre Artur Emidio Vers 1950, la capoeira à Rio de Janeiro guarde ses traditions anciennes. La lutte, la danse, les acrobaties, les percussions, les chants et le jeu théâtral arrivent avec maître Artur Emidio. Les joueurs débutent la lutte sur les frappes de mains de leurs compagnons et sur la musique du berimbau. Artur Emidio est né à Itabuna, au sud de Bahia, au nordeste du Brésil. Il y prend ses premières leçons de capoeira, à sept ans, avec un vieux africain nommé Paizinho, un expert de la capoeira. A cette époque il n’y avait pas d’académie : Il a donc appris dans la rue. A seize ans, il a une autorisation du juge des mineurs pour ouvrir sa première académie. A 22 ans il est parti conquérir le monde. Mestre Emidio part à Rio de Janeiro. Pendant quelques années, il produit des spectacles de capoeira sans pour autant arrêter de pratiquer la capoeira. En vérité, à cette époque, il est l’un de meilleurs capoeiristes du pays. Ses luttes sont suivies de près par les journaux et par ses fans. C’est une vedette à Rio de Janeiro. Où il a ouvert une Académie de capoeira, à Copacabana. Mais, des vieux préjugés contre la capoeira le contraignent à la fermer. Il déménage alors à Bonsucesso, dans la banlieue de Rio, où il ouvre son Académie Progresse. Il quitte Bahia pour parcourir le monde avec l’objectif de développer la capoeira Bahianese, avec la musique dans les rondes. A cette époque, la capoeira connue à Rio de Janeiro est celle de Sinhozinho, un grand monsieur qui entraîne des athlètes pour en faire des champions. Sinhozinho enseigne une capoeira rapide, sans musique. C’est vraiment de la lutte, pas question de s’amuser avec des acrobaties ! Selon lui, la bagarre c’est le plus important. Dans l’une de ces présentations où il est invité, Sinhozinho est aussi présent avec son groupe de capoeira. Les spectateurs voient ainsi la différence entre les deux styles. La presse en parle ! Le “ Jornal do Brasil ”, du 22 décembre 1963, titre sur Artur Emidio qui “ a combattu plusieurs lutteurs de Vale Tudo, Jujitsu, Judo ”. Dans sa vie, Emidio a affronté des noms parmi les meilleurs, tels que : Robson Gracie, Rudolf Hermany, Carlos Coutinho, Edgar Duro et des élèves de Maître Bimba. De plus, il a défie plusieurs lutteurs, entre eux Helio Graice, le père du jujitsu brésilien. Ils se sont battus trois fois : une victoire chacun et un match nul. Chaque match a duré une heure et demie… En avril 2000 maître Artur Emidio a fêté ses 70 ans. Plusieurs maîtres se sont réunis au Brésil pour lui faire une grande fête. Peu de temps auparavant, en février 2000 il avait déclaré : “ Mon rêve est de voir tous les capoeiristes réunis, sans disputes, sans agression, en harmonie et dans la paix pour fêter mon anniversaire ”. Il avait invité plus de 300 maîtres de capoeira et la fête a dû être grandiose. Il est invité partout dans le monde. A tel point qu’il est obligé parfois de refuser à cause d’un emploi du temps trop chargé. Sans ses maîtres, la capoeira ne serait peut-être pas comme elle est aujourd’hui. Emidio est un maître à connaître absolument. Avant de travailler avec un jeune maître, il faut écouter et parler avec un ancien maître - celui qui ne fait pas de saut périlleux, ni d’acrobaties.
Mestre Ephrain Mestre Ephrain, exerce la capoeira à Rio de Janeiro. Il est aussi un excellent chanteur et un grand compositeur. Dans la capoeira beaucoup chantent ses chansons. Défenseur des jeunes défavorisés au Brésil, il fait un travail remarquable dans l’une de plus grandes école de samba de Rio, la “TRADITION”, située dans la banlieue nord de Rio de Janeiro, dans le quartier de “Madureira”. Tous les premiers dimanches du mois, dans la ronde de capoeira de la Tradition l’on peut rencontrer un nombre considérable de maîtres, de professeurs et d’élèves de différents groupes. A la fin du jeu un repas est offert aux plus anciens. Des capoeiristes de renommé, comme mestres Artur Emidio, Célso, Bogado, Touro, Edivaldo Baiano, Baiano Anzol, entre autres, fréquentent la ronde de maître Ephrain. En maître averti, il enseigne aussi la capoeira, dans une école gouvernementale (CEI), à un groupe de trente élèves. Ses élèves apprennent le jeu de la capoeira, la musique, le chant, à se défendre et surtout à se respecter. Les jeunes que j’ai rencontrés ont montré un grand respect pour l’image du maître et de la capoeira. Cela grâce au travail social de poids réalisé par mestre Ephrain dans des favelas avec des groupes de jeunes encore plus défavorisés. Dans cette école de vie, la capoeira a trouvé sa place. Pour Mestre Ephrain qui est très respecté, à Rio de Janeiro, cela est très important. Il enseigne et prépare ces jeunes à la dignité de la vie dans un pays où il y a encore énormément d’injustice racial. Au Brésil, tout est difficile pour les noirs. C’est triste de constater que la couleur de votre peau peut vous porter préjudice. Tout devient facile quand vous êtes blanc, de famille bourgeoise avec de l’argent. Mais les plus démunis ne se laissent pas abattre. Des victoires considérables voient le jour dans le domaine de la capoeira. Dans des tournois organisés avec un grand nombre de participants, beaucoup d’élèves veulent être baptisés. Et leurs familles des différentes classes sociales viennent nombreuses assister à ces manifestations.
Mestre Nacional Mestre Nacional est un mestre très connu au Brésil, par son travail implanté dans la banlieue de Rio de Janeiro, dans la ville d’Acari. Son école est très populaire et réputée. Mestre Nacional a développé un travail auprès des gens défavorisées. Le siège de son Académie se trouve tout près d’une grande cité nommée “Fazenda Botafogo”. Des contingents de jeunes cherchent la capoeira pour pouvoir s’en sortir dans ce décor désolant. Ce grand chanteur, d’une belle voix de baryton, voyage beaucoup. Souvent, il invite d’autres Maîtres à des rondes. Dans chaque ronde, il est présent avec son “Axé”. Axé, force interne, il contribue au bon déroulement de la ronde. L’“Axé” tout le monde l’a. Quelques uns moins, d’autres plus. Dans la capoeira, l’axé est l’énergie positive que chacun peut apporter pour contribuer au bien être de la ronde. La participation active et totale de chacun et très importante dans la capoeira, aussi bien dans un cours que dans une ronde. A vous de développer votre axé. Lui est déjà venus plusieurs fois à Paris, invité par Mestre Iram. Mestre Nacional chante lors de sa dernière visite à Paris. Si vous n’étiez pas là, vous avez raté quelque chose d’exceptionnel. J’ose penser que vous êtes un peu curieux, que vous avez déjà vu la capoeira à la télé et que l’exotique de cet art vous à séduit. Si bien que la capoeira est bien plus que cela. C’est, quelque part, une autre forme de vie, que l’on apprend avec des maîtres comme mestre Nacional. Pour une bonne formation il faut un maître bien expérimenté et avec beaucoup de connaissances, parce que l’histoire des faits divers de la capoeira sont transmis oralement. Un grand maître du nom Pastinha a été interviewé, un jour, par des élèves : - Mestre, qu’est-ce que c’est la capoeira ? - Mestre Pastinha a répondu : “ La capoeira est tout ce que la bouche mange. A vous d’interpréter. La capoeira vous oblige à rentrer dans le domaine de l’histoire. Faute de quoi, vous allez plutôt devenir un acrobate - ce qui est très bien, mais loin d’être un capoeiriste. Pour devenir un capoeiriste vous devez accomplir certaines choses, et pas seulement pratiquer la capoeira. Vous pouvez toujours être un joueur de capoeira, mais pas un capoeiriste digne de ce nom. Comme tout dans la vie, il faut aller jusqu’au bout de nos envies ! Rêver c’est très bien, mais encore mieux c’est d’accomplir ses objectifs. Parfois, je me demande si ce n’est pas ça le but de notre vie.
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Mestre Mendonça Damianor Ribeiro de Mendonça, 34 ans, travaillait à la sécurité de la Banque du Brésil, à Rio de Janeiro. Avec quelques amis, un jour, il a décidé de pratiquer un art martial pour mieux exercer son métier. Ainsi, répondant à sa demande, l’un de ses collègues de la Banque, Audo Marinho, l’a présenté à Mestre Artur Emidio. En 1964 donc Damianor a commencé à apprendre la capoeira avec Mestre Emidio. Damianor de Mendonça aussi a beaucoup aidé la capoeira. C’est lui qui a fait sa première réglementation. Son projet a donné des fruits qui sont toujours en vigueur. C’est lui aussi qui a créé les cordées (corde transe) utilisées par quelques fédérations et quelques groupes. C’est encore lui qui a créé le berimbau de bambou. Très philosophe, mestre Mendonça a expliqué la trilogie du numéro trois en Capoeira: “Le mystique est où il y a transe, et les cordées avec trois cordes se réfèrent aux couleurs du drapeau brésilien”. Pour lui, la Capoeira est une philosophie de vie, une lutte de fugue et de contre-attaque. Il ajoute que “dans la vie on doit être souple comme le palmier qui se laisse plier par le vent pour, ensuite, reprendre sa place”. Pour mestre Mendonça la mandinga de la Capoeira est la “ créativité du capoeiriste ”. Elle représente son savoir-faire. Selon lui, la manière de se comporter dans une ronde est la même que l’individu a dans sa vie en général. Le capoeirista ne doit jamais montrer son jeu. Il fait un “floreio” (une acrobatie) pour ensuite lancer un coup de contre-attaque. C’est comme dans la vie, nous ne devons jamais montrer nos intentions tout de suite. Dans une ronde, d’abord on regarde la manière dont les capoeiristas développent leur jeu. Puis, on joue des instruments de musique et l’on chante en chœur. Enfin, on mesure la température de la ronde avant de rentrer pour aller jouer. On reste toujours sans montrer son jeu comme des joueurs d’échecs. Quelques extraits du discours de mestre Mendonça a l’Assemblée législative brésilienne, en 1998, quand il a reçu le titre de Citoyen de Rio de Janeiro : “… Des peuples réunis au Brésil, d’ethnies diverses, de fêtes et rituels religieux différents, mais avec une immense et même envie de liberté, chacun d’entre eux a établi son propre rituel. Cela explique les multiples graduations trouvées dans la Capoeira : de cordéis, de cordes, de vêtements... Voilà les fondements historique et philosophique de cette discipline”... “J’étais en train de penser à ça quand une idée de composition musicale m’a effleuré l’esprit pour parler de la liberté. Dans cette chanson je parle de la liberté et aussi des informations qui m’ont été apportées par des proches”. “Tiradentes a lutté pour la liberté, et il est mort pour elle. Ici, dans cette assemblée, le député Edmilson Valentim et ses compagnons luttent aussi pour la liberté, pour le droit et pour la raison. Je tiens sincèrement à remercier cette maison qui a du prestige et qui sait rendre hommage à ses maîtres”.
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